Bref historique des centres d'instruction belges en France pendant la Première Guerre mondiale, 2ème partie

(hiervoor al verschenen in het Nederlands: http://circuitdusouvenirgrandeguerre.blogspot.be/2018/01/centres-dinstruction-belges-pendant-la.html )

A vitesse de croisière

Au printemps de 1915, il y a dix centres d'instruction opérationnels pour l'infanterie. Au cours de cette année, des centres d'instruction pour d'autres armes sont établis (artillerie, génie, mitrailleuses, aviateurs,...).

Les centres d'instruction pour les candidats officiers deviennent également opérationnels, parce qu'après la Bataille de l'Yser (17 au 31 octobre 1914) la manque d'officiers est désastreux: 413 officiers sont mis hors de service au cours du premier mois de guerre en août, 439 en plus en septembre et pendant les 14 jours de la bataille de l'Yser encore 115. Pendant le siège d'Anvers, un "centre d'instruction des officiers auxiliaires et des sous-officiers" avait déja été créé, avec un effectif de 150 sous-officiers et caporaux, pour supporter les volontaires de guerre et les recrues de 1914. Cependant, il a été aboli au début d'octobre 1914 et son personnel a été réparti entre les différents centres d'instruction en Normandie.


Ce n'est qu'en janvier 1915 que le gouvernement prend l'initiative de créer un centre d'instruction pour les officiers d'infanterie à Gaillon. Le ministère de la Guerre installe alors en avril 1915 des centres d'artillerie (CISLAA à Audresselles) et de cavalerie (CISLAC à Campagne-les-Guines) et en mai encore un centre d'instruction pour des officiers de génie (CISLAG à Ardres). L'Inspection Générale de l'Armée établit elle-même un centre pour les officiers d'infanterie à Bayeux, afin de former des instructeurs pour les nombreux centres d'instruction en France.

La majorité des centres dépendent de l'Inspection Générale de l'Armée dirigée par le lieutenant-général de Selliers de Moranville. Cependant, tous les centres d'instruction des officiers, à l'exception de Bayeux, relèvent directement du ministre de la Guerre. Enfin il y a des centres qui font partie de la grande base de Calais, y compris, entre autres, le Centre d'instruction du génie (CIG) et le Centre d'instruction de la cavalerie (CIC).

Fonds de Selliers de Moranville, centres d'instruction (CI) dépendant de l'inspection générale de l'armée

Les logis des recrues sont de nature diverse. Des casernes françaises vides sont utilisées, des hotels et d'autres bâtiments sont réquisitionnés, des baraquements sont construits par la génie, la population locale est également sollicitée pour accueillir des soldats.

Les centres d'instruction ont leurs propres aumôniers. Des bibliothèques sont créées, des orchestres sont formés et des films sont projetés. Il existe des contacts étroits entre la population française et l'armée belge dans les différents cantonnements. La fête nationale belge et la fête du Roi sont célébrées. Dans la presse locale, il y a régulièrement des annonces et des reportages d'activités franco-belges telles que concerts, événements sportifs, kermesses flamandes, etc. Cette même presse rapporte aussi pas mal de mariages entre soldats belges et filles Françaises. Certaines municipalités normandes offrent un drapeau aux troupes belges, se qui s'accompagne toujours d'une cérémonie au cours de laquelle les autorités locales et les commandants belges louent mutuellement l'esprit combatif des troupes.

Il est important de mentionner que les départements français hébergeant les centres d'instruction belges, accueillent également des centaines, même des milliers de refugiés belges. Il y a des municipalités où le contingent belge est plus grand que la population locale.

A la fin de décembre 1915, le nombre de centres d'instruction pour l'infanterie est réduit à six. le programme d'entraînement d'un fantassin est en moyenne de 3 mois. Pour d'autres armes, comme l'artillerie, c'est plus long. Il y a aussi des voix critiques sur les tenants et les aboutissants dans les camps. Dans ses memoires, Jacques Pirenne, futur sécrétaire du roi Leopold III, écrit que les centres d'instruction sont organisés de manière lamentable et sont en grande partie dirigés par des officiers renvoyés derriere le front à cause de maladie ou d'incompétence.

Réorganisation majeure

Le parcours des centres d'instruction en 1915 et 1916 est notable: il y a grand nombre de soldats et d'officiers formés et on a établis des centres pour de nouvelles spécialisations. 

Or, après une réorganisation au sein du gouvernement belge en juillet 1917, Charles de Broqueville est remplacé en qualité de ministre de la Guerre par le lieutenant-général Armand De Ceuninck et un nouveau vent commence à souffler. De Ceuninck est d'avis que les centres disposent d'un cadre beaucoup trop large: selon lui, un officier sur deux est superflu et il en renvoie beaucoup au front belge. En plus, il prépare une réorganisation approfondie. Fin 2017, plusieurs centres en Normandie sont fermés et la formation des soldats sera concentrée sur quelques site. Le nombre des recrues à former a déja été réduit considérablement en 1917. 

Charles de Broqueville

Retour en Belgique

Pendant l'été de 1918, le lieutenant-général de Selliers de Moranville est chargé de préparer l'évacuation des centres vers les zones déjà libérées en Belgique: une opération organisationnelle et logistique complexe. L'inspection Générale de l'Armée est finalement dissolue le 19 février 1919. 

Les centres d'instruction forment plus de 106.000 soldats pendant toute la guerre. Ajoutez les 22.500 hommes qui passent par les centres d'instruction d'auxiliaires et les 3.168 brevets émis par les centres à des candidats sous-lieutenants, et on arrive à un total d'environ 130.000 hommes entrainés pendant toute la guerre. 

Kris Smets

Sources
* BALACE, Francis,Ecoles de cadres et des centres d'instruction de l'armée belge en France, 1914-1918.
* BRETON, Willy, La résurrection d'une Armée., Paris, 1917
* CHATELLE, Albert, L'effort belge en France pendant la guerre (1914-1918)., Paris, 1934
* de SELLIERS de MORANVILLE, Fonds de Selliers de Moranville., MRA
* DES OMBIAUX, Maurice, Un Royaume en Exil, la Belgique du dehors., Paris, 1917
* LYR, René, Nos Heros Morts pour la Patrie., Bruxelles, 1920
* PIRENNE, Jacques, Memoires et Notes Politiques., Verviers, 1975
* WANTY, Emile, Le Milieu Militaire Belge de 1914 à nos Jours., Tome I., MRA



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